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Fête de la Science

Comment observe-t-on la biodiversité en milieu agricole ?

Publié par Société d'Etude, de Protection et d'Aménagement de la Nature en Touraine, le 28 octobre 2020   74

Xl nichoirs

Comment observe-t-on la biodiversité en milieu agricole ?

De gauche à droite, et de haut en bas : mégère (Lasiommata megera), flambé (Iphiclides podalirius), piéride du navet (Pieris napi), et cuivré commun (Lycaena phlaeas). Laurent Palussière / D.R.

Ghylène Goudet, Inrae

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science 2020 (du 2 au 12 octobre 2020 en métropole et du 6 au 16 novembre en Corse, en outre-mer et à l’international) dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition a pour thème : « Planète Nature ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


En France métropolitaine, la surface utilisée pour la production agricole représente environ la moitié de la surface du territoire. Les terres agricoles sont donc des milieux à ne pas négliger dans la prise en compte de la préservation de la biodiversité, d’autant qu’une part importante des espèces des climats tempérés est étroitement liée au milieu agricole.

L’Observatoire agricole de la biodiversité (OAB) est un programme de science participative développé en 2009 par le Museum national d’histoire naturelle (MNHN), sous l’impulsion du ministère de l’Agriculture, dans le cadre de la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB). Il permet l’observation de la biodiversité au sein de parcelles agricoles à l’aide de quatre protocoles ciblant les vers de terre, les abeilles solitaires, les invertébrés du sol et les papillons.

Rôles divers

Les vers de terre ont une réelle influence sur la qualité et la fertilité des sols. On les classe en trois groupes : les épigés, qui vivent en surface et se nourrissent de matière organique ; les anéciques, qui creusent des galeries entre la surface du sol et les zones profondes et qui enfouissent la matière organique de surface ; enfin, les endogés, qui vivent en profondeur et se nourrissent de matière organique dégradée. Leur présence et leur diversité permettent de maintenir voire d’améliorer la qualité et la fertilité des sols.

Osmie cornue (osmia cornuta), l’une des quelque 800 espèces d’abeilles solitaires présentes en France métropolitaine. Marion Lecardonnel/DR

Les abeilles solitaires représentent en France environ 800 espèces différentes, alors que l’abeille domestique de nos ruches n’est qu’une espèce : Apis mellifera. Les abeilles solitaires jouent donc un rôle important dans la pollinisation, notamment lorsque les températures sont encore basses, au début du printemps.

Les papillons participent également à la pollinisation. Certains se plaisent dans des milieux variés, même les plus anthropisés, mais d’autres sont spécifiques de milieux très précis. Leur cycle de vie est parfois lié à une plante en particulier, appelée plante hôte.

Enfin, les invertébrés du sol regroupent un grand nombre d’animaux ayant des rôles très divers : araignées, scarabées, vers de terre, limaces, escargots, cloportes, mille-pattes, fourmis et bien d’autres !

Avec ces protocoles, il n’est pas toujours possible d’identifier la faune jusqu’à l’espèce. L’analyse se fait donc en partie par rapport aux fonctions des animaux, classés en 4 catégories :

  • les décomposeurs (vers de terre, cloportes, fourmis, etc.) qui décomposent la matière organique et participent à la fertilité des sols ;

  • les pollinisateurs (papillons, coléoptères, etc.) qui participent à la reproduction des végétaux en transportant du pollen ;

  • les prédateurs (carabes, araignées, staphylins, perce-oreilles, etc.) qui se nourrissent d’autres espèces et participent à la régulation des ravageurs ; on peut citer l’exemple bien connu de la coccinelle qui mange des pucerons, ou celui moins connu de certains carabes qui mangent des limaces ;

  • les ravageurs (limaces, charançons, taupins, etc.) qui se nourrissent de végétaux (feuilles ou racines) et peuvent détruire des cultures, provoquant des pertes de récoltes.

En Indre-et-Loire, ce sont une quinzaine d’agriculteurs volontaires qui participent aux suivis de l’OAB chaque année. Ils sont accompagnés par la Sepant, l’association animatrice du réseau départemental, et épaulés par un groupe de bénévoles actifs et intéressés par ces thématiques.

Depuis 2019, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) met également en place les protocoles de l’OAB sur deux parcelles du site de Nouzilly (37380) : une prairie conduite sans intrants chimiques et une parcelle de blé conduite en conventionnel.

Nichoirs, planches et moutarde

Pour le suivi des populations de vers de terre dans le cadre de l’OAB, un mélange d’eau et de moutarde est déposé sur trois zones de 1m2 pour faire remonter les vers de terre. Ils sont ensuite récupérés, puis triés par groupe et comptés avant d’être relâchés. Ce protocole a été mis en place sur la prairie et a permis d’identifier 26 épigés, 10 anéciques et 10 endogés. Ce nombre était inférieur à la moyenne nationale de 2018 (62 vers de terre par parcelle en moyenne, selon le bilan OAB 2018)

Pour le suivi des abeilles solitaires dans le cadre de l’OAB, deux nichoirs sont installés sur la bordure des parcelles. Les abeilles viennent occuper les loges qui composent ces nichoirs, ce qui permet de les compter et d’estimer leur diversité grâce aux matériaux utilisés pour fermer les loges.

Nichoir à abeilles disposé sur la bordure d’une parcelle d’INRAE. Ghylène Goudet/DR

Nous avons réalisé ces relevés sur deux parcelles d’INRAE entre mai et octobre, et nous avons observé 12 à 15 loges colonisées par des abeilles sur la prairie et 14 à 28 loges colonisées sur la culture.

Au niveau national, 9 loges en moyenne étaient colonisées par parcelle en 2018. Nous avons noté la présence d’osmies maçonnes (loges fermées par de la terre ou de la boue), d’Osmia caerulescens (loges fermées par des feuilles mâchées) et de mégachiles (loges fermées par des morceaux de feuilles).

Nombre de loges fermées dans les nichoirs sur les deux parcelles d’INRAE au cours de l’année 2019. Ghylène Goudet/DR

Pour le suivi des papillons dans le cadre de l’OAB, ils sont observés en vol lors de passages dans la parcelle. On estime ainsi leur quantité et la diversité des groupes. Nous avons compté et identifié les papillons sur les deux parcelles d’INRAE en juin, juillet et août 2019 et nous avons observé entre 5 et 12 individus par mois, la moyenne nationale étant à 14 individus en 2018.

Nous avons observé une diversité relativement importante avec des papillons de la famille des papilionidés (flambé et machaon), des piéridés (piéride blanche, citron, souci), des lycénidés (lycènes bleus, lycènes orangés) et des nymphalidés (mégère, myrtil, amaryllis, procris, tabac d’Espagne, tircis).

Pour le suivi des invertébrés terrestres dans le cadre de l’OAB, trois planches sont posées à même le sol, deux en bordure et une au centre de la parcelle. Les invertébrés du sol se réfugient sous la planche, qui offre un refuge et de l’humidité, ce qui permet de les compter et de les identifier. Nous avons placé 3 planches sur chacune des deux parcelles d’INRAE.

Planche de suivi des invertébrés du sol disposée dans la bordure d’une parcelle d’INRAE. Ghylène Goudet/DR

D’avril à novembre, nous avons observé en moyenne 31 individus par mois sur la prairie et 29 sur la culture, la moyenne nationale étant à 30 individus en 2018. Nous avons observé des prédateurs, des décomposeurs et des ravageurs, avec une diversité importante puisque nous avons relevé de 8 à 18 groupes différents.

Nombre d’invertébrés observés sous les planches disposées sur les deux parcelles d’INRAE au cours de l’année 2019. Ghylène Goudet/DR

Dans les deux parcelles, l’abondance et la diversité des invertébrés étaient plus importantes sur les bordures des parcelles par rapport au centre de la parcelle. Les bordures semblent donc être un réservoir important de biodiversité, qu’il faut prendre en compte dans les pratiques agricoles pour préserver la faune.


Marion Bernard, chargée de mission agronomie, eau et environnement à la Sepant, a co-rédigé cet article.The Conversation

Ghylène Goudet, Ingénieur de recherche, Inrae

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.