Comment des résidus médicamenteux, polluants de l'environnement, impactent-ils le développement et le fonctionnement du cerveau ?

Publié par Université de Tours, le 28 janvier 2022   180

Communiqué co-signé par l'université de Tours et l'INRAE. 

Des enseignants-chercheurs des UMR CNRS-INRAE-IFCE-Université de Tours 7247 Physiologie de la Reproduction et des Comportements et UMR INSERM-Université de Tours 1253 iBrain, viennent de co-publier un article de revue dans le journal international Environmental Research. Ils y expliquent les effets potentiels sur le développement neurologique de l'exposition environnementale à trois classes de médicaments pharmaceutiques.


Les antibiotiques, les antidépresseurs et les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont devenus, au fil des années, des produits avec des volumes de consommation et de ventes importants, notamment pour ceux vendus sans prescription. Une fois ingérés, ils sont majoritairement éliminés via les urines et fèces, dans les eaux usées. Par conséquent, ils constituent des polluants environnementaux détectables dans les eaux de surface et, par transfert, dans les nappes phréatiques, les sédiments, les plantes, puis, à toute la chaine alimentaire. Si des données sont disponibles sur la faune aquatique (modifications de comportements et baisse de la reproduction), aucun protocole standardisé ou réglementaire n’existe à ce jour pour mesurer les risques lorsque les résidus médicamenteux sont présents dans l'environnement ; cela n’est d’ailleurs pas requis lors de leur mise sur le marché.

Malgré ce déficit d'informations scientifiques et réglementaires, la population est exposée à cette pollution généralisée et son impact sur la santé publique est encore mal connu et documenté, en particulier sur le cerveau en développement. Le peu de données scientifiques publiées indique clairement qu’une exposition environnementale à ces trois classes de médicaments pourrait avoir des effets délétères pour un cerveau en développement, pendant la vie embryo-fœtale via l’exposition maternelle ou pendant les premières années de vie par exposition directe.

Les chercheurs distinguent trois types d’impacts potentiels :
- Encéphaliques : l'hypothalamus, l'hippocampe, le cervelet, le cortex et les axes hypothalamohypophyso-gonadique et hypothalamo-hypophyso-surrénalien.
- Moléculaires : neuro-inflammation, perturbation du fonctionnement de certains neurotransmetteurs et hormones nécessaires au bon développement du cerveau.
- Physiologiques : modification de la réponse au stress, anxiété, dépression, agressivité, modification des comportements sociaux, sexuels, de jeu, d'exploration, perturbation de la masculinisation du cerveau.

Quatre équipes associées aux universités de Tours, d’Orléans et de Paris Sorbonne (Inserm U1253 iBrain, CNRS-INRAE UMR PRC, CNRS UMR7355 Inem, CNRS-Inserm IBPS) élaborent actuellement de nouvelles méthodes d'évaluation de l’impact des résidus médicamenteux basées sur des systèmes invitro utilisant des cellules souches neurales.

À l’avenir, ces expositions chroniques pourraient constituer un réel problème de santé publique. Il est donc impératif de compléter les connaissances scientifiques afin d’identifier les mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués et de développer des méthodes d’évaluation de ces risques environnementaux.

  

EN SAVOIR PLUS
Pascal Vaudin, Corinne Augé, Nathalie Just, Sakina Mhaouty-Kodja, Stéphane Mortaud, Delphine Pillon : “When pharmaceutical drugs become environmental pollutants: Potential neural effects and underlying mechanisms” in Environmental Research, Volume 205, 2022, 112495.
Référencement Pubmed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.go...