Marmoutier : archéologie d'un grand monastère ligérien dans la longue durée

Publié par Elisabeth Lorans, le 8 juillet 2020   65

Xl marmoutier 13thc gate

L’ancien monastère de Marmoutier, situé sur la rive droite de la Loire, à quelques kilomètres en amont de Tours, est le plus ancien monastère de Gaule après celui de Ligugé, également fondé par saint Martin. La retraite établie par le célèbre évêque de Tours, élu en 371 et mort en 397, a tiré profit d’un site antique mieux exploré par les fouilles archéologiques conduites depuis 2005 par le Laboratoire Archéologie et Territoires (UMR 7324 CITERES – Université de Tours-CNRS). Ce site, qui remonte à la fin du 1er siècle ap. J.-C., a pu être une station routière associée à une voie à longue distance établie entre le coteau et la Loire et que Sulpice Sévère, biographe de saint Martin, mentionne. S’il demeure impossible de cerner précisément par l’archéologie le moment où le site a changé de statut pour accueillir Martin et ses compagnons, il est probable qu’une partie des bâtiments antiques subsistant vers la fin du 4e siècle a été réutilisée par la communauté monastique naissante.

Les fouilles ont permis d’étudier les églises abbatiales successives, du 9e au 13e siècle, ainsi que les bâtiments d’accueil construits à la périphérie occidentale du monastère où une vaste hôtellerie fut édifiée fin 12e-début 13e siècle. Plusieurs de ces constructions, qui témoignent d’un grand savoir-faire architectural, ont fait l’objet de restitutions en 3D dans un double but de recherche et de valorisation (Fig. 1 et 2).

La mise en valeur du coteau au pied duquel le monastère fut établi a également été étudiée, sur la longue durée, qu’il s’agisse du creusement de grottes, de leur utilisation funéraire ou de la construction de lieux de culte partiellement troglodytiques, également restitués en 3D.

Les conditions de vie de certains occupants du monastère ont aussi été abordées à travers une série d’analyses touchant plus particulièrement les personnes accueillies à l’hôtellerie ou inhumées à proximité du bâtiment : leur alimentation a pu être restituée à l’aide d’analyses isotopiques et d’études de faune, leur vaisselle étudiée de même que leurs conditions sanitaires révélées par des études paléoanthropologiques et parasitologiques.

L’étude du monastère de Marmoutier répond par son caractère pluridisciplinaire et par une approche multiséculaire aux exigences de la recherche archéologique actuelle qui accorde une large place à la valorisation du savoir auprès du grand public.