Mon aventure MT180

Publié par Xavier Damany, le 7 novembre 2017   910

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La motivation

Lors de ma licence de physique à Orsay j’ai eu la chance d’assister à des conférences délivrées par des vulgarisateurs inspirants. Rolland Lehoucq, André Brahic, Jérôme Pérez, Joanne Breitfelder, Julien Bobroff et bien d’autres. J’ai toujours été fasciné d’une part, par l’étendue de leurs connaissances si vaste et d’autre part, par l’enthousiasme et la simplicité avec lesquels ils arrivent à les transmettre.  Que ce soit en s’appuyant sur Tintin, Star Wars, l’hoverboard de Retour vers le futur, des images exceptionnelles de la sonde Cassini, ou une pseudo fin du monde en 2012, bref, en partant de la culture populaire ou en rebondissant sur l’actualité, ils arrivent à capter notre attention et à nous transmettre des connaissances, des messages et des valeurs. Parce que bien plus que de la physique, on apprend au cours de leur ‘One Scientist Show’ une philosophie. S’il est facile de concevoir que la nature est belle et bien faite, quelques connaissances scientifiques permettent non pas de démystifier cette beauté mais au contraire d’en découvrir d’autres facettes et de réveiller un sens trop souvent endormi : celui de l’émerveillement1. C’est aussi l’occasion de montrer au plus grand nombre ce qu’est la démarche scientifique et qu’elle peut très bien s’appliquer à d’autres choses qu’au travail de laboratoire, que ce soit le dernier film de SF populaire ou les prochaines élections. En plus, c’est fun !

A force d’écouter ces orateurs, l’idée de me mettre à leur place n’a pas bien tardé. Encore faut-il se sentir légitime, c’est-à-dire maîtriser suffisamment son domaine, et puis avoir ce talent de rhétorique pour subjuguer les foules. MT180 et la formation pour se préparer à ce concours me semblaient être parfaits pour commencer. Ainsi avant même d’obtenir un financement de thèse je m’étais promis de participer ; à ce concours et à « Dance my PhD » mais bon, la danse c’est définitivement pas mon truc !

 La préparation

Je décide donc de franchir le pas pour ma deuxième année de thèse : j’ai l’expérience d’un peu plus d’un an de travail et je n’ai pas encore le stress de la troisième et dernière année. J’avais un peu d’appréhension. A quel point l’entente avec les autres participants orléanais sera cordiale ? Après tout, on va passer plusieurs heures à s’entraîner pour au final s’affronter…Que vont nous apprendre les formateurs de centre-sciences ? Vont-ils chercher à nous faire rentrer dans un moule ? Finalement arrive la première séance. Voulant faire grosse impression dès le début je me prépare au mieux et je leur fait un premier speech. Et là, je comprends qu’il va y avoir du boulot ! Mais aussi que toutes mes craintes n’avaient pas lieu d’être. Les formateurs ont l’air très ouverts et justes dans leurs analyses. Quant aux autres candidats, qu’est-ce qu’on s’est bien marré !

Les séances se déroulent bien, on travaille le texte, l’expression orale, le texte, la gestuelle, le texte, la respiration, le texte,…C’est assez drôle d’ailleurs au fil des séances de voir l’évolution de certains, parfois spectaculaire, les différents styles s’affirmer (énergiques, séducteurs, drôles,…) et l’évolution des textes. Chacun avait ses points forts et ses points faibles. En ce qui me concerne j’ai tendance à parler vite et à ne pas articuler. Ainsi dès la deuxième séance j’avais réussi, très fier, à faire un speech en 2’59’’ le temps parfait ! Mais le débit de paroles était beaucoup trop élevé et personne n’avait rien compris !  Il a donc fallu découper le texte, chaque phrase effacée étant comme un bébé retiré à son papa...Dure dure la vie de candidat de MT180. Si je n’ai pas eu trop de mal à mettre quelques traits d’humour, il a fallu que je travaille beaucoup l’interaction avec le public. J’étais assez réticent au début, ayant cette image de pénibles blancs dans des cours ou des conférences après que l’intervenant ait lancé une question au public ou chercher à le faire participer…Mais finalement avec du travail sur le rythme et les intonations, ainsi que la bienveillance du public de MT180, il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Certes il y a le texte et la voix à soigner, mais aussi le langage du corps. Etre expressif sans faire le clown, supprimer les mouvements parasites, donner une vraie signification au moindre de ses gestes, c’est un exercice primordial mais tellement délicat. Si j’étais à l’aise avec le haut de mon corps, je contrôlais beaucoup moins bien le bas ! Mouvements du bassin aléatoires, des pas sur scène superflus, et bien d’autres défauts à corriger. Certains d’entre eux étant inconscients, ça ne facilite pas la tâche ! Beaucoup de travail donc mais heureusement dans une ambiance folle. On ne compte plus les rires qui ont éclaté avant, après et souvent pendant les exercices et les essais sur scène. Chaque séance était un moment d’échange jovial et à aucun moment la compétition n’est venue s’immiscer dans nos rapports même si inévitablement l’échéance approchait. On s’est entraidé du début à la fin et c’est une vraie équipe qui s’est présentée le jour de la finale orléanaise, à l’hôtel Dupanloup.

 La finale orléanaise, puis inter-régionale.

Si j’étais plutôt enclin à faire le pitre pendant les répétitions, j’étais sûrement le plus stressé à l’approche de cette soirée si particulière. On découvre la salle dans sa disposition finale, un dernier essai, et on va dans nos quartiers pour patienter jusqu’au début du show. Parce que oui, MT180, c’est avant tout un show ! On est que 4 candidats, soit 12 minutes de spectacle. Tout va se passer très vite, et il y aura sûrement peu de spectateurs. C’est du moins ce qu’on pensait. Et on ne pouvait pas plus se tromper. L’introduction des speakers duraient à n’en plus finir. On passe une première fois pour se présenter et là, on découvre une salle comble : ce sont environ 150 personnes qui sont venues assister à la soirée. Parmi elles on reconnait des têtes familières, collègues du laboratoire et amis. On retourne dans les coulisses. Et après une attente insupportable la soirée débute enfin, pour de vrai. Un dernier câlin tous ensemble (c’est contre le stress !) et c’est parti.

L’ordre de passage était l’ordre alphabétique inverse. Je ne sais plus trop comment on en était arrivé à cela, mais en tout cas cela me faisait passer en troisième. J’entends mon nom, je passe la porte, j’attrape le micro qu’on me tend et monte sur l’estrade. Un coup d’œil à l’unique slide dont on dispose comme support : elle s’affiche bien comme prévu, ouf. On sourit, on regarde le public et on récite. Dès les premiers mots la pression s’envole, je joue mon texte, le public est réceptif, j’ai l’impression qu’on passe un super moment et…ZUT Je me rends compte que je n’ai pas vérifié le chronomètre depuis bien trop longtemps ! Il me reste 30 secondes, parfait, je suis dans les temps, un poil en avance. Je finis par ma conclusion en temporisant, et finis en 2’55’’. Satisfait de ma prestation et surtout d’avoir évité un naufrage (on n’est jamais à l’abri d’un trou de mémoire, d’une maladresse ou d’un problème technique), je peux aller m’asseoir et écouter Fabrice, le quatrième candidat. 3minutes plus tard, le jury va délibérer et c’est le moment pour nous d’aller saluer tous ceux qui sont venus nous encourager. Quelques inconnus nous complimentent, des curieux nous demandent des précisions, et la pression retombant un instant, on profite pleinement de ces moments d’échanges. Puis revient le jury. Et un sentiment étrange m’envahit et l’idée qu’un de nous 4 ne puissent pas continuer l’aventure, quel qu’il soit, parait soudainement tellement injuste.

Mais quelque part, on a tous  déjà gagné. Toutes les compétences de synthèse et de rhétorique qu’on a apprises, les amitiés qui se sont nouées et cette soirée qui était une réussite sont le vrai prix du concours. Finalement je me retrouve avec le premier prix, à la surprise d’à peu près tout le monde, moi y compris. Lydie, notre pépite (de chocolat) avec son texte léché, me paraissait intouchable et c’est finalement elle qui quittera l’aventure. Fabrice et l’énergie incroyable qu’il déployait sur scène ou Romain et ses jeux de mots ravageurs auront su conquérir le jury. S’en suit le cocktail, l’occasion de refaire le match, rigoler encore une fois avec la bande, avant de se quitter.

Toute l'équipe MT180 avec le jury de la finale locale, le 10 mars 2017

Suite à cette participation, chose totalement inattendue pour moi, un gain en notoriété : des inconnus nous accostent un peu partout, on passe dans la Rep, on est invité à passer dans des émissions de radio (RCF Loiret et RadioCampus), et même à écrire pour Echosciences ! Finalement MT180 est assez suivi.

Les semaines filent, cette modeste notoriété soudaine retombe, et la finale inter-régionale s’approche à grand pas. Cette année on joue à domicile puisque l’hôtel Dupanloup sera le théâtre de cette soirée. On découvre les autres candidats de Limoges, La Rochelle, Tours et Poitiers. L’ambiance est assez décontractée mais tout de même plus tendue que lors de la finale locale. Chacun est sûrement déterminé à ramener le 1er prix dans sa fac : on est finalement rentré dans une vraie compétition. Et cette fois nous ne sommes pas que 4 mais bien 15, pour une unique place qualificative pour la phase nationale. La variété des sujets abordés est géniale : on passe de la bio, à la physique, en passant par l’informatique, la science du langage, … Et le niveau est très dense. Le public venu encore plus en nombre (une deuxième salle a été ouverte !) a pu profiter d’une soirée divertissante et assurément très intéressante. Finalement, Romain sera reparti avec le prix du public mais aucun de nous trois n’aura décroché un prix de jury et c’est un représentant de La Rochelle, Pierre Loison, qui représentera la région avec une superbe prestation. Fin de l’aventure donc mais aucun regret !

Conclusion

Pouvoir synthétiser et transmettre ses connaissances est un atout certain pour communiquer avec les autres. Tout d’abord des collègues d’autres disciplines, puisque je travaille avec des biologistes pour qui il faut parfois expliquer des notions de physique. En outre les scientifiques étant souvent amenés à présenter des résultats devant différents publics, MT180 constituent une vraie aide dans cet exercice. Ensuite avec ma famille et mes amis, c’est toujours sympa de pouvoir partager ses passions et son travail avec ceux qui nous entourent. Et bien sûr les futurs recruteurs qui n’y connaîtront pas forcément grand-chose dans la physique des plasmas. Mais cela restera pour moi surtout une aventure pleine de jolies rencontres et je ne remercierai jamais assez Priscilla Fouché, Olivier Morand, Romain Garcia, Fabrice-Dieudonné Atrevi et Lydie Luengo pour tous ces bons moments.

 

1 comme la bien nommée chaîne youtube ‘Le Sense of Wonder’ que je vous recommande!