Relâcher la pression de gestion sur les espaces verts urbains préserve la diversité microbienne et le fonctionnement des sols

Publié par Nicolas Legay, le 6 octobre 2026

Les espaces verts publics en ville accueillent divers types usages et sont donc gérés différemment. Des analyses réalisées par des chercheurs en écologie et microbiologie sur des échantillons prélevés dans la ville de Blois montrent les effets des pratiques de gestion sur la diversité des bactéries et champignons et sur le fonctionnement des sols.

Chaque année en France, environ 25000 hectares de sols sont urbanisés, c’est-à-dire plus de deux fois la surface occupée par la ville de Paris. Cette artificialisation dégrade le fonctionnement des sols et donc limite leurs capacités pour abriter une diversité d’êtres vivants ou pour fournir des nutriments pour la croissance des végétaux.

En ville, les espaces verts publics sont essentiels pour la qualité de vie et le bien-être des habitants. Ces espaces verts sont conçus et gérés différemment pour des raisons paysagères, pour la pratique du sport, pour la promenade ou pour les déplacements. On trouve ces espaces aussi bien dans le centre-ville, que dans les zones de grands ensembles ou encore les périphéries industrielles et commerciales. Ils peuvent aussi jouer un rôle dans la conservation de la biodiversité tels que cela a déjà été montré pour les plantes ou les oiseaux.

Pour déterminer si ces espaces permettent de préserver la diversité microbienne, nous avons réalisé des prélèvements de sols dans 135 espaces verts publics de la ville de Blois. Les espaces étudiés peuvent être très gérés (20 tontes par an, arrosage, pesticide) comme les terrains de sport ou, à l’inverse, très peu gérés (une fauche par an) comme les réserves foncières. L’ADN des bactéries et champignons contenu dans chacun des sols a été analysé pour identifier les espèces présentes dans les différents types d’espaces.

La diversité de bactéries et de champignons (le nombre d’espèces) est plus élevée dans les sols des espaces verts avec une gestion intermédiaire (3-4 tontes par an), comme ceux trouvés devant les grands ensembles résidentiels. Les terrains de sport, les parcs de centre-ville ou les réserves foncières vont abriter moins d’espèces mais des espèces différentes. Ainsi, les réserves foncières vont abriter des bactéries et champignons capables de vivre dans un sol avec peu de nutriments. A l’opposé, les jardins de centre-ville vont abriter des bactéries et champignons vivant dans des milieux perturbés (fertilisation et tontes) et riches en nutriments.

Ces différentes espèces ne vont pas avoir les mêmes rôles et donc les espaces verts urbains ne vont pas apporter les mêmes bénéfices aux humains et aux autres êtres-vivants. Par exemple, les bactéries et champignons des réserves foncières vont fournir, par leur activité, une quantité faible mais stable de nutriments aux végétaux. A l’inverse, dans les terrains de sports ou les parcs de centre-ville qui sont fertilisés, les bactéries et champignons vont accélérer la fourniture de nutriments pouvant mener à un excès d’azote qui peut s'infiltrer dans les eaux souterraines et engendrer une pollution.

Dans une période où les plans d’aménagements urbains des communes s’adaptent à l’objectif de zéro artificialisation nette des sols, nos résultats mettent en lumière l’intérêt d’avoir des espaces verts avec des gestions moins intensive pour préserver à travers les communautés microbiennes, le fonctionnement des sols.

Références scientifiques:

Khalfallah F., Legay N., Bonthoux S., Cantarel AAM., Clement J-C., Foulquier A., Joulian C., Le Roux X., Richaume A., Norini M-P. and Harris J. 2026. Urban land use influences microbial functional traits along a management intensity gradient. Frontiers in Microbiomes 5:1946255. https://doi.org/10.3389/frmbi.2026.1946255

Khalfallah F., Harris J., Bonthoux S., Cantarel A., Clement J-C., Foulquier A., Joulian C., Le Roux X., Richaume A., Legay N. 2026. Land use and management intensity shape nitrogen cycling and microbial functions, driving environmental impacts in French urban soils. Applied Soil Ecology : 219 – 106751. https://doi.org/10.1016/j.apsoil.2025.106751