Conférence

Pesticides et système nerveux : des interactions suspectes

Les pesticides sont utilisés en quantités considérables depuis plus d’un demi-siècle par l’agriculture intensive. On retrouve des résidus de pesticides non seulement dans l'eau mais aussi dans nos aliments. Ces pesticides posent un véritable problème de santé publique, non seulement pour les utilisateurs qui sont les plus exposés, mais aussi pour la population générale. En effet, leur présence même en faibles quantités, en mélange, pendant des périodes longues, conduit à se poser de nombreuses questions sur leur implication dans des problèmes de santé. Des études épidémiologiques menées sur des populations exposées à ces toxiques semblent montrer un risque accru de cancers, de malformations congénitales dans la descendance directe, d’infertilité, de pathologies neurodégénératives et de déficits immunitaires. Il semble maintenant établi que les populations fortement exposées aient un risque accru de développer des pathologies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson. De même, une communauté de cible neuronale à certains toxiques, impliquée également dans certaines pathologies génétiques du neuro-développement, doit amener à s’interroger sur la possible existence de cas de déficiences mentales "toxiques".

Cette hypothèse semble d’autant plus devoir être testée du fait de l’augmentation régulière des troubles du développement, y compris l’autisme et les troubles de l’attention, avec actuellement une prévalence atteinte de 5 % à 8 % des 4 millions d’enfants nés chaque année aux États-Unis. Malgré les progrès dans le diagnostique de ces pathologies, une explication génétique ne répond pour l’heure qu’à une partie des cas cliniques observés. Des causes environnementales pouvant être associées à leur mise en place ont donc été suggérées, notamment au cours du développement précoce, les pesticides faisant parti des composés suspects. Certains de ces pesticides ont été volontairement élaboré pour cibler le système nerveux d’organismes tels que les insectes et les acariens, par exemples. Même si le système nerveux d’un mammifère ne répond pas toujours de la même façon à ces produits que celui d’un insecte, les interactions néfastes ne peuvent être exclu, sans parler des effets de perturbation endocrinienne. D’autres pesticides n’ont pas pour vocation de cibler le système nerveux, comme bien évidemment les herbicides, mais pourtant, leur structure moléculaire interroge et fait douter de leur innocuité sur le système nerveux. En effet, certains de ces produits ont la même structure que des acides-aminées suggérant des interactions potentielles avec les nombreux processus cellulaires les utilisant. D’autres ont, de façon plus étonnante encore, la même structure que des neurotransmetteurs, ces derniers étant essentiel à la mise en place du système nerveux et à son fonctionnement. Or, l’objectif de ces composés n’étant pas de cibler le système nerveux, les aspects de neurotoxicité liés à leurs potentielles interactions avec ses composants semblent avoir bien souvent été négligé.