L’entrepreneuriat, une affaire de femmes ?

Publié par Université de Tours, le 17 janvier 2020   170

Xl file 20191218 11896 1q26e0v

Image : Optimiser l’accompagnement des femmes qui portent un projet passe par l'étude des leviers et des freins qui peuvent exister chez elles. Piqsels, CC BY-SA


Les chiffres sur les différences hommes-femmes en matière de création d’entreprises, en France comme dans le reste du monde, sont éloquents. Selon l’Insee, seulement environ 4 entreprises françaises sur 10 sont dirigées par des femmes, et ces dernières sont encoremoins représentées dans les start-up. 

Pourtant, au premier janvier 2019, l’Insee recensait 51,6 % de femmes dans la population française avec une représentation majoritaire de ces dernières parmi les diplômés de l’enseignement supérieur (même si des écarts subsistent en fonction des filières, les filières scientifiques étant toujours davantage plébiscitées par les hommes).

 Mais alors pourquoi sont-elles moins nombreuses à vouloir se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ? Est-ce qu’elles se sentent moins armées pour créer leurs entreprises ? Moins soutenues ? Si des travaux et certaines enquêtes relatent le manque de soutien financier des projets d’entreprises portés par des femmes, la littérature scientifique s’intéresse également aux enjeux psychologiques qui se cachent derrière ces écarts. 

Une première explication de ces différences réside dans le sentiment plus prononcé chez les hommes que chez les femmes d’auto-efficacité entrepreneuriale, autrement dit de leur sentiment d’avoir les compétences pour créer leur propre affaire.


Pourquoi l’individu entreprend-il ? 

Au-delà de ces travaux considérant certaines caractéristiques individuelles comme expliquant le choix entrepreneurial, un second type d’explication réside dans des approches s’intéressant plutôt aux raisons variées qui conduisent un individu à vouloir entreprendre. Des approches intégratives, prenant ainsi en compte à la fois des freins et des leviers psychosociologiques de cette démarche de création d’entreprise, ont ainsi vu le jour ces dernières années. 

Le modèle « push/pull/anti-push/anti-push » s’intéresse notamment à la manière dont la perception des individus de leur situation actuelle mais également future peut les inciter ou à l’inverse les inhiber dans l’activité entrepreneuriale. Des différences de genre ont ainsi été démontrées à l’aide de cette classification. Par exemple, les femmes font plus fréquemment le choix d’une carrière entrepreneuriale en raison des difficultés d’avancement dans leur carrière actuelle (push). 

Des travaux ont également souligné que, dans certains cas, la flexibilité dans la gestion du temps reliée à une activité entrepreneuriale (pull) pouvait être une raison qui attire les femmes, notamment celles qui sont mères de famille. Concernant les raisons pouvant inhiber les femmes dans l’engagement entrepreneurial, les femmes seraient par exemple davantage caractérisées par des besoins de sécurité élevés (anti-push) et éprouveraient une peur de l’échec entrepreneurial plus importante que les hommes (anti-pull). 

Ces exemples démontrent bien la complexité des raisons à l’origine de la décision de création entrepreneuriale et l’intérêt d’une approche intégrative et individualisée pour affiner la compréhension de ces leviers et de ces freins perçus. Ces derniers pouvant d’ailleurs exister simultanément chez une même personne. C’est ce que démontre une étude récente (soumise à la revue Work Employment and Society), portant sur des individus porteurs de projets entrepreneuriaux mais qui n’ont pas encore créés. 

Cette recherche novatrice a permis de mettre à disposition des acteurs de l’accompagnement un outil précieux de la mesure de ces leviers et freins. Elle a aussi souligné l’existence de différents profils d’individus : les « ambivalents » (individus caractérisés par des leviers et des freins à des niveaux élevés) et parmi lesquels les femmes seraient surreprésentées, comparativement aux individus « prêts à créer » (individus caractérisés par des leviers élevés et freins faibles) ou encore aux « réticents » (individus caractérisés par des leviers faibles et des freins élevés). Ce profil « ambivalents » a également démontré une intention d’entreprendre aussi élevée que ceux qui se sentent prêts à créer mais il est associé à une plus faible croyance en sa capacité de réussite. 

Ainsi, pour chaque porteur de projet, il convient de décrypter finement ces leviers et ces freins perçus provenant à la fois de la situation actuelle et future afin d’optimiser l’accompagnement de toutes les femmes qui portent un projet et ainsi maximiser les chances du passage à l’acte. 

Parallèlement à ces études, le rôle clé des soutiens sociaux et familiaux dans la croyance en soi des femmes a été mis en lumière tout comme les modèles de rôles, qui favorisent la projection de celles-ci dans une activité entrepreneuriale. 

De même un environnement perçu comme plus favorable à l’esprit d’entreprise accroît le sentiment d’auto-efficacité, parce que les individus évaluent positivement leurs capacités entrepreneuriales en référence aux ressources perçues, aux opportunités et aux obstacles existant dans cet environnement.

 Valeur ajoutée pour l’économie

 L’ensemble de ces dispositions à entreprendre sont d’autant plus importantes que les femmes qui souhaitent créer mais n’osent passer le cap pourrait constituer une vraie valeur ajoutée pour l’économie. Plusieurs études ont déjà souligné les potentiels impacts positifs de ces créations d’entreprises féminines en termes de développement économique et de croissance pour les territoires.


, Maître de conférence en psychologie du travail au sein de l'EA 1901 QualiPsy (Qualité de Vie et Santé Psychologique), Université de Tours

, Professeure des Universités, Directrice EE 1901 QualiPsy, Université de Tours


Cet article est republié à partir de The Conversation. Lire l'article original.