Quand les ultrasons aident le système immunitaire à lutter contre le cancer
Publié par Jean-Michel Escoffre, le 18 janvier 2026 26
Et si des ultrasons pouvaient aider notre système immunitaire à mieux combattre le cancer ? C’est le pari du projet de recherche IRIS, récemment financé par la Région Centre-Val de Loire et labellisé par le pôle de compétitivité S2E2, qui rassemble chercheurs, ingénieurs et cliniciens autour d’une approche innovante de l’immunothérapie.
Le défi de l’immunothérapie anticancéreuse
Depuis plusieurs années, l’immunothérapie a profondément transformé le traitement de certains cancers, en particulier le mélanome, un cancer de la peau parmi les plus agressifs. Le principe est simple : stimuler les défenses naturelles de l’organisme pour qu’elles reconnaissent et détruisent les cellules tumorales.
Cependant, ces traitements restent complexes, coûteux et parfois associés à des effets secondaires importants. L’un des défis majeurs consiste à activer efficacement le système immunitaire directement au niveau de la tumeur, sans provoquer d’inflammation généralisée dans tout l’organisme.
Une cytokine puissante… mais délicate à utiliser
Parmi les molécules capables de déclencher une réponse immunitaire antitumorale puissante figure l’interleukine-12 (IL-12). Cette protéine joue un rôle clé dans l’activation de certaines cellules immunitaires, notamment les cellules dites « NK » (Natural Killer), véritables sentinelles capables de détruire les cellules cancéreuses.
Mais administrée de manière classique dans le sang, l’IL-12 peut entraîner des effets indésirables sévères. La question est donc la suivante : comment délivrer cette molécule de façon ciblée, sûre et efficace ?
Les ultrasons et les microbulles : une technologie surprenante
Le projet IRIS explore une solution originale reposant sur l’association d’ultrasons et de microbulles, déjà utilisées en imagerie médicale. Injectées localement, ces microbulles réagissent aux ultrasons en oscillant, ce qui rend temporairement les membranes des cellules plus perméables.
Grâce à ce phénomène, il devient possible de faire entrer dans les cellules un plasmide d’ADN – une petite molécule circulaire – contenant les instructions pour produire localement l’IL-12. En d’autres termes, ce ne sont plus des médicaments qui sont injectés, mais un « mode d’emploi » permettant aux cellules de fabriquer elles-mêmes la molécule thérapeutique, exactement là où elle est nécessaire.
Des résultats prometteurs en recherche préclinique
Les travaux menés dans le cadre du projet IRIS ont montré que cette approche permettait :
- une production locale accrue d’IL-12 au niveau tumoral,
- une activation renforcée des cellules immunitaires,
- un ralentissement significatif de la croissance tumorale dans des modèles expérimentaux,
- tout en préservant l’état général des animaux étudiés.
Ces résultats ouvrent la voie à des traitements moins invasifs, mieux ciblés et potentiellement mieux tolérés que certaines approches actuelles.
Un projet ancré en région Centre-Val de Loire
Le financement accordé par la Région Centre-Val de Loire a été déterminant pour le développement du projet IRIS. Il a permis de soutenir une recherche de pointe, menée localement, tout en favorisant les collaborations entre laboratoires académiques, plateformes technologiques et acteurs de l’innovation.
La labellisation par le pôle S2E2, spécialisé dans les technologies innovantes, souligne quant à elle le potentiel de transfert de cette recherche vers des applications médicales concrètes. Elle témoigne également de la capacité du territoire à faire émerger des projets à l’interface entre santé, ingénierie et technologies avancées.
Vers la médecine de demain
Si des étapes restent à franchir avant une application chez l’être humain, le projet IRIS illustre parfaitement la médecine de demain : plus précise, plus personnalisée et plus respectueuse du patient. En combinant biologie, physique et innovation technologique, cette approche pourrait à terme enrichir l’arsenal thérapeutique contre le cancer.
Grâce au soutien de la Région Centre-Val de Loire et à l’accompagnement du pôle S2E2, la recherche régionale démontre une nouvelle fois sa capacité à répondre à des enjeux majeurs de santé publique.
Travaux publiés dans l'International Journal of Pharmaceutics - https://www.sciencedirect.com/...
