Masque petit faune - H. Navarre

Publié par Nadia Pellerin, le 9 décembre 2020   500

Le petit faune

Le projet VIVACE ‘Activité Verrière en Région Centre-Val de Loire : Patrimoine Industriel et Artistique, Valorisation et Conservation’ est un projet de recherche transversal associant les sciences fondamentales (laboratoire CEMHTI du CNRS à Orléans) et les sciences humaines (laboratoire de sociologie CETU-ETIcS de l’Université de Tours et école nationale supérieure d’art ENSA de Bourges). Dans le cadre de ce projet, nous avons consacré une partie de nos recherches à l’étude du verre Pyrex très présent en région dans différents contextes. Commençons tout d’abord par préciser que pour les scientifiques, il n’y a pas un verre mais une multitude de verres, déclinés en fonction de leur composition et de leurs applications. En sciences des matériaux, le verre appartient à la classe des ‘céramiques et verres’ ou selon les classifications, le verre définit à lui seul une classe de matériaux, tellement il est particulier. Il partage avec les céramiques la spécificité très intéressante de matériaux dits réfractaires. Le Pyrex® est le nom commercial d’un verre de type borosilicaté extrêmement intéressant car il résiste aux variations brutales de températures (chocs thermiques) et est particulièrement inerte chimiquement, en d’autres termes, difficile de le corroder ou de l’altérer. Il fait donc la joie des paillasses de chimistes, des pharmaciens et de nos cordons bleus pour les plats au four transparents ! Produit par les verreries historiques de Bagneaux-sur-Loing (vallée du Loing, Corning) depuis 1752, ce verre est encore aujourd’hui fabriqué en région par l’entreprise International Cookware de Châteauroux avec le fameux plat en Pyrex®. Dans un registre plus inattendu, ce verre a été utilisé par l’artiste Henri Navarre (1895-1971) qui possédait un atelier à Saint-Benoit sur Loire (45) et dont une partie des fonds est exposée au musée des Beaux-Arts de Chartres. L‘artiste se fournissait auprès de l’entreprise Sovirel (Corning aujourd’hui). Marie Collin et Nadia Pellerin, chercheuses au CEMHTI ont étudié quelques-uns des remarquables masques en verre de Henri Navarre. Le petit faune réalisé en 1932, masque bleu de petites dimensions (H. 10,5 cm ; l. 5,5 cm) a ainsi livré quelques secrets. Grace à des analyses non intrusives, tout d’abord la spectroscopie portative Raman (équipe de Patrick Simon au laboratoire CEMHTI), effectuées au musée, puis une analyse PIXE-PIGE sur l’accélérateur de particules AGLAE au C2RMF (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France) au Louvre, nous avons découvert l’existence de plusieurs couches de verre. Les faces avant et arrière du masque sont réalisées dans un même verre Pyrex®, tandis qu’une couche de verre bleuté intermédiaire et fine a été intercalée par l’artiste. Il faut imaginer un moule réalisé par Henri Navarre dans lequel il vient déposer une première couche de verre en Pyrex, puis une fine couche de verre cristal au plomb bleuté et enfin une dernière couche de verre Pyrex. Le verre bleu contient de nombreux éléments colorants, notamment le cobalt qui lui donne sa teinte bleu roi, ainsi que des traces de manganèse, fer et cuivre. Il contient également près de 1.5 wt.% de SnO2 qui est un opacifiant couramment utilisé. Par ailleurs ce verre bleu est très riche en plomb (~50 wt.%). Bien que les données bibliographiques indiquent que cette œuvre aurait subi une attaque acide, nous n’avons pas détecté de fluor qui aurait pu témoigner de l’utilisation d’acide fluorhydrique.